La rue est ensommeillée et nous aussi ! A cette heure-ci on ne négocie plus, on se dégote un dortoir, histoire de dormir quelques heures. Inévitablement on réveille un peu nos compagnons de chambrée.
Après quelques courtes heures de sommeil (qui font cependant la différence) nouveau départ matinal : 170 kms plus loin rendez-vous avec la baie d'Along, dans le golf du Tonkin, tout près de l'immense Chine.
_____________________________
LA BAIE D'ALONG
8 - 9 octobre
Mythique Halong bay ou Vinh Ha Long, sûrement le plus célèbre site touristique du Vietnam. Environs deux mille pains de sucres, parsemés dans la mer de Chine, à perte de vue. Précisément 1969 îlots karstiques, l'ensemble inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1994.
En vietnamien Ha Long signifie "descente du dragon", en lien avec une légende racontant qu'un dragon se serait battu avec les courants marins afin de les apprivoiser, il aurait ainsi façonné la montagne avec sa queue lors du combat ; l'eau serait ensuite montée ne laissant apparaitre que les plus hauts sommets.
D'un point de vue géologique, on explique le phénomène par le fait qu'une épaisse couche de sédiments s'est formée à l'ère primaire lorsque la mer était haute. Les mouvements terrestres l'ont ensuite fracturée, entraînant le retrait de la mer et une exposition à l'érosion. Des nombreuses grottes ont alors été creusées et leur effondrement a ainsi façonné les karsts, pitons rocheux.
Le site compte de nombreuses grottes qui ont servi d'abris à de nombreux combattants de la guerilla nord-vietnamienne dans les années 1940-1950.
------
Le bus approchant, le trafic et la quantité d'occidentaux laissent rapidement comprendre qu'ici le tourisme est une grosse machine bien rodée. On peut s'en étonner même si la multitude d'offres présentées à Hanoï donnait déjà un avant goût. Revient ce sentiment de ne pas tout comprendre et de devoir se laisser aller à la confusion. Mon impression reste la même : chacun a une mission mais aucune vision globale, ainsi les groupes de touristes sont livrés d'une personne à l'autre, poser des questions sur la suite du programme est donc inutile.
Cette façon de voyager n'étant pas celle que j'ai pratiqué ces derniers mois j'ai du mal à lâcher prise et à me laisser porter passivement. J'ai l'impression de revivre la frustration connue lors de mon dernier voyage organisé, en Inde, durant lequel je m'étais juré "c'est la dernière fois que je fais un voyage vitrine, moi je veux rentrer dans la boutique et si possible aussi dans ses coulisses".
Cependant avec un recul d'observateur l'expérience se fait plus intéressante : essayer de comprendre comment marche cette industrie, d'imaginer le quotidien des gens qui y travaillent, leur satisfaction ou frustration... La sagesse et la joie de vivre asiatiques découvertes ces derniers mois m'ont appris qu'il est possible de positiver toute situation, j'y travaille donc en sachant que cela peut-être un exercice difficile puisque je suis française, nationalité à la génétique râleuse !Après une petite animation dans le bus pour créer une cohésion de groupe, Elsa et moi somme finalement rattachées à un autre groupe, et donc à un autre bateau. On croisera cependant de nouveau nos petits compagnons lors des différentes escales à terre... puisque les groupes se suivent et se succèdent.
On découvre notre bateau et notre cabine.
De retour sur le pont la majorité des gens sont surpris d'avoir des cabines bien différentes et moins confortables que celles présentées sur catalogue...

Aux alentours, beaucoup de bateaux (mais pas les modèles traditionnels avec grandes voiles, que l'on voit dans les clichés des guides de voyage), aussi des buildings modernes sur les berges... un décor de site naturel sur-investi par l'homme. Je ressens un peu la même déception que lorsque j'ai découvert que les chutes de Niagara se trouvaient au coeur même d'une ville aux airs de parc d'attraction et plutôt orienté épouvante.

Notre bateau, il est important d'en mémoriser le numéro...

Première escale, pour un site naturel je trouve les aménagements un peu trop tape à l'oeil et dénaturant le site, mais j'essaye quand même de freiner ma petite voix critique pour tâcher d'apprécier le site à sa juste valeur.
On débarque donc pour visiter une grotte, du genre de celles qui ont servi d'abri aux combattants.

Aménagement et mise en scène : carrelage, jeux de lumière, fontaine artificielle (avec bruit du moteur)... à trop vouloir en faire on peut casser le charme naturel, comme disait mon premier patron "le mieux est parfois l'ennemi du bien".
L'ardéchoise que je suis, fait des comparaisons avec l'Aven d'Orgnac, qui naturellement offre un spectacle de bien plus belle qualité, tout chauvinisme mis à part !


Notre bateau nous récupère à la sortie de l'itinéraire piéton traversant la grotte, et nous partons naviguer à travers les karsts. Après quelques minutes l'amas de bateaux finit par se disperser, et l'on découvre alors un paysage plus nature et sauvage.


Reliefs et dispersions des pitons rocheux offrent un magnifique spectacle de jeux d'ombre et de lumière, avec de multiples nuances de bleu.



On pourrait se croire dans une peinture à l'aquarelle.





Le bateau jète l'ancre, sous un ciel chargé de gros nuages, puis bientôt sous une pluie régulière. Le planning touristique annonce l'heure de la baignade, avec saut depuis le toit du bateau. L'eau est chaude et cette baignade pluvieuse au milieu des karsts restera un très beau souvenir.

Quelques petites embarcations naviguent pour ramasser les déchets jetés dans l'eau par les touristes, ou le personnel des bateaux, peu attentionnés (paquets de cigarettes, sacs plastique...). Les eaux ici n'ont pas cette couleur turquoise qu'on aurait peu imaginer, le ton tire plutôt vers le marron.

Bateaux et maisons flottantes des pêcheurs.

Terrasse du bateau, et vue sur l'île de Cat Ba où certains passagers ont débarqué pour passer la nuit. Je comprends alors que le bateau n'a pas suivi le circuit qui nous avait été présenté en agence à Hanoï. Peut-être sommes nous passés à proximité du célèbre duo de karts qui en est le symbole, Trông Mai... si c'est le cas, en tout cas personne ne nous l'a signalé.Ils sont vraiment filous les agents touristiques au Vietnam !


Heure du dîner, buffet à l'occidental,

Ensuite c'est l'heure de la "boum" prévue au planning !
Un animateur est là pour essayer de mettre l'ambiance et de faire boire la bonbonne de bière à la pression avant la fin de son heure de service. Des choix musicaux, au volume sonore exagéré, jusqu'à l'humeur festive de l'animateur qui pousse tout le monde à boire vite... tout cela sonne plus que faux, on est loin de l'authenticité mais en plein dans l'artifice des dérives de la société de consommation et du tourisme de masse.
Au moment d'aller se coucher, la chambre est un vrai frigo, climatisation non réglable depuis la chambre, il faut donc négocier le service avec l'équipage, qui peut gérer la chose chambre par chambre. Une personne les sollicite également car la climatisation à inonder son lit...
Trop de confort, tue le confort. Vivement le retour à plus de simplicité !
Lendemain matin, petit-déjeuner puis excursion kayak dans la baie, on peut notamment s'approcher des installations des pêcheurs.
Nos amies allemandes que l'on va retrouver à mainte reprises à travers le pays.
Ce monsieur vit en Asie, je ne sais plus quel pays, marié à une locale, il voyage seul, en break au coeur d'un déplacement professionnel.

La session kayak terminée on nous dépose sur l'île de Cat Ba.
On quitte le bateau.

_____________________________
9-10 octobre
Nous sommes transférés en mini bus jusqu'à un point de départ de randonnée pour faire l'ascension d'un petit sommet et profiter de son point de vue. Malgré l'apparente désorganisation on fait confiance, mais on négocie tout de même de ne pas être dans des bus séparés, on ne sait jamais au cas où ils n'iraient pas au même endroit. Mais la moindre petite question créée de la contrariété... Le guide est tout stressé, voire agressif (mon ressenti général des acteurs du tourisme au Vietnam), d'un geste impatient il ouvre un strapontin, ayant la cuisse en dessous je vais y gagner un joli hématome bien bleu. Pendant le transfert commence ensuite un topo explicatif illustré de grands gestes, je reste vigilante pour ne pas en plus me prendre une main dans la figure. La prise en charge est plutôt hostile ! Je commence à me faire à l'idée que je ne retrouverai pas au Vietnam la zénitude que j'associais de manière générale à l'Asie.
Le guide suivant semble très pressé, voire impatient, pas vraiment soucieux des différences de rythme, ni de guider chacun sur la piste du sentier à suivre. Ainsi je perds Elsa en chemin, je rebrousse chemin, on se retrouve "vocalement", puisqu'elle est partie sur un autre sentier, se guidant par la voix on finira par se retrouver, finalement amusées du folklore de la situation.
Point culminant,
L'après-midi c'est excursion jusqu'à la baie de Lan Ha et son île aux singes.
Je dois renoncer à grimper jusqu'au sommet et à admirer le panorama, car le sentier accidenté à travers les roches n'est pas praticable en tongs. Un peu frustrée, je regrette un petit briefing de la part de notre guide. J'attendrais donc sagement sur la plage comme tout le monde, suivant la consigne de se méfier des singes voleurs (mais depuis le Sri Lanka je commence à les connaître ces charmeurs chapardeurs).
Je crois que je commence vraiment à étouffer dans cette pseudo colonie de vacances où aucun interlocuteur de l'organisation ne se sent vraiment concerné, en dehors du minimum logistique aucune explication, les questions sont malvenues. Je trouve tout cela infantilisant et complètement déshumanisé. La curiosité, l'intérêt pour la culture locale et les initiatives d'échange ne sont résolument pas les bienvenues.

Accostage sur l'île aux singes.

Vue sur la baie, du point le plus haut accessible aux marcheurs à tongs.
Retour au point d'embarquement, l'occasion de prendre quelques photos des bateaux de pêche dans le décor karstique.


Nuit dans un (trop) confortable hôtel sur l'île de Cat Ba, étonnante construction étroite toute en étages, comme les constructions voisines.
Je laisse Elsa dormir et m'échappe rejoindre la soirée festive multi-générationnelle improvisée dans un bar voisin, une majorité de français, un sicilien et sa compagne de voyage singapourienne rencontrée sur un site de mise en relation de voyageurs de tous horizons...
Lendemain matin, sur le chemin du retour : cours de cuisine. Inespéré puisque personne n'a jamais su nous dire quand il devait avoir lieu. Recette : nems, j'en rigole en me disant que c'est comme si on apprenait à faire un sandwich jambon beurre cornichon dans un cours de cuisine française. Tout était déjà préparé à l'avance, on nous propose juste un atelier "roulage", la cuisson est faite sans nous...
Serais-je devenue trop exigeante ? En tout cas j'ai hâte de sortir de cette garderie pour occidentaux. Sûrement aussi une déformation professionnelle, j'évalue le marketing et le service client, il me semble qu'il suffirait de peu pour rendre les choses bien plus sensées et agréables. Sûrement aussi un brin de persistante râlerie à la française !
Ayant le goût de la liberté et la curiosité de l'autre, je préfère me positionner comme voyageuse que comme consommatrice de pack touristique, mais là je suis prise au piège.
En tout cas à choisir j'aurais préféré admirer la vue que de rouler des nems !
Derniers moments avant de quitter le navire, photo très cliché avec Fabio, sicilien débutant son tour d'Asie de plusieurs mois. Ras le bol professionnel, rupture sentimentale... tiens ça me rappelle des choses et des personnes ! Chapeau, appareil photo, mais aussi un ukulélé et un livre du Dalaï Lama, ça sent le voyage initiatique.

Faute d'avoir le vent dans les voiles, Elsa l'a dans l'imperméable.

Une fois le pied à terre, nous sommes "remis" à un bar-restaurant pour attendre le bus. Destination Hanoï, passage obligé avec le système d'open-ticket pour lequel nous avons opté.
L'ensemble des passagers se regarde dubitatif en découvrant un conducteur de bus plus que jovial, riant tout seul et très fort, et annonçant "I come from my mother" (je viens de ma mère)... On se demande s'il n'a pas tout simplement trop bu et s'il est réellement en état de conduire. Une passagère vietnamienne nous rassure disant le connaître et affirmant qu'il est bon conducteur, mais elle débarque 5 minutes plus tard en nous souhaitant bonne chance... La conduite est sportive avec ses dépassements plus que forcés, mais ça finit par sembler banal en Asie.
En route mon attention est captée par une devanture de magasin affichant une croix gammée et le nom de Hitler... je partage mon étonnement de voir ce décor nazi en plein Vietnam. Un français m'explique avoir entendu parler de cela via un documentaire, il s'agit à priori d'une chaîne de boutique de vêtements "branchés".
Je trouve sur internet un article faisant remonter le sujet à l'Inde. Article dérangeant avec une photo du créateur du concept portant un t-shirt à l'effigie de Gandhi, avec en arrière plan un décor nazi...
La svastika 卍 (mot sanskrit dérivé de su « bien » et de asti « il est ») est à l'origine un symbole utilisé en Asie et tout particulièrement en Inde. Elle représente le jaïnisme et est considérée comme le plus favorable de tous les symboles. Pour les hindous, elle symbolise notamment le dieu Ganesh. Elle est un symbole omniprésent chez les bouddhistes. En Chine, elle symbolise l'éternité.
En Europe, pas de signification noble, juste le fascisme... qui va jusqu'à inspirer un marketing provocateur dans des lieux inattendus.
Arrivée à Hanoï à 17h, départ pour Ninh Binh quasiment dans la foulée, à 18h, pour un court trajet estimé à 2h.











Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire